La baleine noire de l’Atlantique Nord
En anglais, la baleine noire porte le nom « right whale ». Nom que lui auraient donné les baleiniers, car il s’agissait de la « bonne baleine » à chasser. Elle est aujourd’hui menacée d’extinction.
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La baleine noire de l’Atlantique Nord
La baleine noire de l’Atlantique Nord est une baleine à fanons. Elle mesure entre de 14 et 18 mètres de longueur et pèse de 30 à 70 tonnes métriques, voire plus. La baleine noire est robuste – jusqu’à 45 % de son poids est constitué de graisse. Le fait qu’elle flotte une fois qu’elle est morte facilite la tâche des chasseurs qui la ramène sur le rivage.
Malgré sa grande taille, la majorité de ses proies sont plus petites qu’un grain de riz. La baleine noire se nourrit principalement de copépodes, mais aussi de larves de krill. Les minuscules copépodes représentent fondamentalement une seule espèce, Calanus finmarchicus. Comme vous pouvez l’imaginer, la quantité et la concentration de minuscules proies nécessaires à l’alimentation de cette énorme baleine sont immenses. Bien nourrie, une fois la maturité sexuelle atteinte, la femelle peut mettre bas une fois tous les trois ans. Lorsque les femelles sont en moins bonne condition, le nombre de naissances et la réussite de reproduction diminuent.
Les défis qui menacent actuellement la baleine noire remontent à son exploitation par les baleiniers basques vers l'an 900 de notre ère. Plusieurs siècles de surchasse ont entraîné l’effondrement des populations de baleines noires dans l'Atlantique Est. La chasse s’est ensuite déplacée vers l’Atlantique Ouest, où quelques décennies ont suffi à entraîner un net déclin de la population au milieu du 18e siècle.
Quelque 100 000 baleines noires auraient été capturées dans le monde entier avant qu’un moratoire sur leur chasse ne soit décrété dans les années 1930 par la première Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (précurseure de la Commission baleinière internationale) afin d’éviter leur extinction. Avant la chasse à la baleine, les populations de baleines noires de l’Atlantique Nord comptaient entre 9 000 et 21 000 individus. Aujourd’hui, elles en comptent moins de 375 ; moins de 100, peut-être même moins de 75, sont des femelles reproductrices. Le moratoire a permis à toutes les populations de se rétablir. Les populations de baleines noires du Pacifique Nord et Sud ont augmenté de 5 à 7 % par année. Le redressement de la population de l’Atlantique Nord est plus lent. Elle est actuellement en déclin.
Même si la chasse à la baleine noire de l’Atlantique Nord est illégale
Même si la chasse à la baleine noire de l’Atlantique Nord est illégale, les activités humaines restent la plus grande menace pour cette espèce. Ces baleines risquent d’entrer en collision avec des navires et de s’empêtrer dans des engins de pêche. Cette situation est aggravée par le fait que l’habitat et les voies de migration des baleines croisent les principales voies de navigation et côtoient les principaux ports de la côte atlantique.
Malgré ces menaces, la population de baleines noires de l’Atlantique Nord a augmenté au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Cependant, entre 2010 et 2015, elle a commencé à décliner à un rythme d’un pour cent par année. Le déclin a été encore plus marqué chez les femelles, dont le nombre a chuté de 7 % au cours de cette période. La situation critique de la baleine noire de l'Atlantique Nord a attiré l’attention nationale en 2017 lorsque 17 baleines sont mortes en une seule saison en raison de collisions avec des navires et d’enchevêtrements.
L’amaigrissement des baleines est un problème important qui contribue à leur déclin. Des chercheurs ont récemment comparé la masse corporelle des trois espèces de baleines noires dans le monde. Selon les données, la baleine noire de l’Atlantique Nord est l’espèce qui présente des signes d’amaigrissement et d’une moins bonne condition physique.
Ce phénomène est probablement lié aux effets chroniques des enchevêtrements, qui peuvent causer des blessures (85 % des adultes portent des cicatrices d’enchevêtrement) et augmenter le coût métabolique de la nage et de l’alimentation en alourdissant le poids des baleines. Ces difficultés supplémentaires peuvent entraîner une baisse du taux de survie des baleineaux et une diminution de la réussite de reproduction.
Les gouvernements canadien et américain s’emploient à réduire le déclin des populations en limitant la vitesse des navires et en restreignant les activités de pêche dans certaines régions lorsque les baleines sont présentes. Les efforts de conservation et de redressement de la population de baleines noires de l’Atlantique Nord sont soutenus par les chercheurs qui contrôlent les populations et par les bénévoles qui consacrent temps et ressources à aider à libérer les baleines empêtrées, souvent au péril de leur vie.
L’avenir de la baleine noire de l’Atlantique Nord est loin d'être certain, mais ce qui l’est, c’est le lien direct entre sa survie et les mesures que nous choisissons d’adopter.
Jacqueline Miller
Jacqueline Miller est technicienne en mammalogie au ROM. Oliver Haddrath est technicien en biologie moléculaire au ROM.