Amour et champignons

Du merveilleux folklorique à l’horreur fongique, ces espèces nous rappellent que l’amour se présente sous différentes formes – certaines répugnantes, certaines magnifiques, mais toutes résolument fascinantes.

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Histoire naturelle

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Oubliez la danse nuptiale des oiseaux chanteurs. Même chose pour les roses rouges et les chérubins aux joues roses munis de flèches. Cette année, à l’occasion de la Saint-Valentin, il me fallait quelque chose d’inattendu, quelque chose d’étrange, quelque chose de… fongique.

J’ai demandé à ma collaboratrice de longue date Simona Margaritescu, mycologue accomplie et spécialiste des collections, de me surprendre avec quelques spécimens. Ses choix, qui vont du merveilleux folklorique à l’horreur fongique, nous rappellent que l’amour se présente sous différentes formes – certaines répugnantes, certaines magnifiques, mais toutes résolument fascinantes.

Cœur de sorcière (Clathrusr ruber)

Cœur de sorcière (Clathrusr ruber)

Le cœur de sorcière se présente d’abord sous forme d’un petit œuf blanc sur le parterre forestier qui se nourrit de plantes mortes. « Cette cage sphérique, qui représente l’appareil sporifère du champignon, se trouve à l’intérieur, affirme Simona. À maturité, l’œuf se fend pour laisser sortir le cœur de sorcière. »

Pour Simona, le champignon couleur rubis se compare à une petite corbeille de cadeaux, tout comme un cadeau de la Saint-Valentin. Or, le cœur de sorcière dégage une odeur putride. Mais comme ne manque pas de me rappeler Simona, « il en faut pour tous les goûts ». Si son odeur rebute les humains, les insectes la trouvent « très appétissante et agréable ». Ce sont les insectes qui répandent les spores du cœur de sorcière.

Témoignage éloquent du grand amour s’il en est un !

Champignon homard (Hypomyces lactifluorum)

Contrairement au cœur de sorcière, le champignon homard, qui doit son nom à son arôme iodé de fruits de mer et à sa couleur de homard bouilli, est tout indiqué pour un repas de la Saint-Valentin, surtout lorsqu’il est frit dans le beurre. Mais le romantisme se poursuit. 

« Ce champignon est en fait l’union de deux champignons, m’apprend Simona. Hypomyces lactifluorum est un micromycète qui parasite un champignon plus gros comme les russules et les lactairesLa magnifique coloration rouge est le parasite qui empiète sur le champignon et qui finit par le consommer. » 

L’amour dévorant du micromycète ne fait pas que modifier l’apparence de l’organisme, il en transforme l’ADN. Les études scientifiques ont démontré que lorsqu’on essaie de définir la composition de l’ADN de cette union, la plupart du temps c’est l’ADN du parasite qui apparaît. 

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Coupe de l’elfe (Sarcoscypha coccinea)

Le troisième choix de Simona a tout du conte de fées et rien de la mort ou du parasitisme. Le champignon doit son nom au folklore européen selon lequel les fées se baignent dans sa coupe et les elfes s’y désaltèrent. 

Elle a choisi cette espèce, qui pousse sur les arbres, principalement parce que c’est l’un des rares champignons qui produit des sporophores à la fin de l’hiver et au début du printemps. Simona Margaritescu nous invite à imaginer des coupes de l’elfe écarlates sur des branches basses se détachant sur de la neige blanche. 

Voilà de quoi éclipser la beauté d’un bouquet de roses ! 

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