Une invitation au voyage

Dans les coulisses de l’exposition psychédélique du ROM
Fresque psychédélique représentant une foule hétéroclite de personnages fantaisistes, mi-humains mi-lapins, dansant sur une plage, avec des vagues déferlantes, un lever de soleil rayonnant et un ciel parsemé de nuages stylisés.

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Les portes de l’ascenseur du Musée s’ouvrent sur une décalcomanie surdimensionnée d’un lapin blanc disparaissant au cœur d’un labyrinthe rouge. En franchissant le seuil de l’exposition Psychédélisme : Art. Culture. Science., le visiteur est accueilli par un autre lapin blanc cette fois sur l’échiquier d’une affiche rock à lumière noire. Alors que l’autre lapin s’enfuit, celui-ci « dressé sur ses pattes vous attend, vous conviant peut-être à un voyage ».  

Ce n’est pas le premier lapin à lancer une invitation au voyage. Alice au pays des merveilles – le roman de Lewis Carroll publié en 1865, qui a inspiré la chanson emblématique de Jefferson Airplane, White Rabbit (1967), ainsi que l’affiche de l’exposition – s’ouvre sur le chapitre « Au fond du terrier ». Dans ce chapitre, la petite Alice aperçoit un « lapin blanc aux yeux roses » qui « disparaît dans un large trou au pied d’une haie ». Alice le suit et « tombe, tombe, tombe ! ».  

C’est le début de son aventure et celle du visiteur. Tout comme Alice, le visiteur est invité à plonger dans le terrier des psychédéliques et à entreprendre un voyage qui traverse les cultures, les continents et les millénaires. C’est également une métaphore pertinente, car l’exposition ne vise pas tant à instruire qu’à encourager l’exploration.  

« Ce que nous espérons, c’est élargir l’esprit des gens, explique Justin Jennings (Ph. D.), commissaire de l’exposition et conservateur en chef de l’archéologie des Amériques au ROM.  Nous n’allons pas vous fournir de réponses. »  

L’une des premières étapes de ce voyage est le monde naturel. Derrière une vaste vitrine se trouvent des photographies, des plantes pressées, des spécimens et des maquettes représentant autant des amanites tue-mouches (ces champignons toxiques et hallucinogènes qu’Alice mange au Pays des Merveilles) qu’un crapaud du Sonora, dont les toxines, une fois séchées, forment un puissant psychédélique surnommé la « molécule de Dieu ». Comme le rappelle le texte didactique, les psychédéliques peuvent provenir de plantes, de champignons et même d’animaux. De plus, de nombreux psychédéliques synthétiques trouvent leur origine dans la nature. Le LSD, par exemple, est dérivé de l’ergot, un champignon qui se développe sur le seigle et peut provoquer des hallucinations, une forte fièvre, voire la mort.  

Pour les visiteurs curieux de découvrir l’expérience viscérale d’un « voyage », l’exposition propose une expérience immersive de quatre minutes. Après avoir franchi d’épais rideaux noirs, les visiteurs pénètrent dans une pièce sombre dont les murs sont recouverts d’un papier peint aux tourbillons de couleurs psychédéliques. Alors qu’un paysage sonore à 360 degrés gagne en intensité, un grand pilier affiche des fractales tourbillonnantes, des tunnels en zoom et une lumière qui donne l’impression que les murs respirent. Le but est d’évoquer la sensation d’un voyage cosmique intense, y compris le sentiment de dissolution de l’ego – la dépersonnalisation qui fait partie intégrante de l’expérience mystique.  

L’étape suivante conduit le visiteur vers le volet art et culture de l’exposition. Peintures psychédéliques, objets cérémoniels et instruments de musique sont autant d’éléments qui témoignent des différentes façons que les cultures à travers le monde et les âges ont utilisé les substances psychédéliques pour éveiller la conscience, communier avec les ancêtres, se connecter au divin, résister à l’autorité et guérir.

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L’une de ces cultures est celle des Huichol, peuple autochtone de l’ouest du Mexique, pour qui le peyotl est une plante sacrée et dont les peintures en fils de laine, richement détaillées, reflètent la complexité de leur cosmologie. Comme l’explique l’Aîné huichol Francisco Carrillo Zamora, cité dans l’exposition, « Chaque élément – la terre, la pluie, les saisons de l’année – est une créature des dieux. Le peyotl nous rapproche d’eux. »  

Si la cosmologie huichol peut sembler loin de notre réalité, Jennings nous incite à y prêter attention dans le catalogue accompagnant l’exposition : « Alors que nous nous tournons vers l’avenir, nous devons tirer les leçons des centaines de cultures anciennes et contemporaines qui utilisent les psychédéliques depuis des millénaires. Elles ont beaucoup à nous apprendre. » 

De nombreux visiteurs seront surpris d’apprendre que le Canada – un autre volet de l’exposition – a lui aussi beaucoup à nous apprendre sur les psychédéliques.  

« Dans les années 1950, le Canada a été le théâtre de certaines des expériences psychédéliques les plus importantes et les plus significatives au monde, explique Erika Dyck, professeure et titulaire d’une chaire de recherche du Canada en histoire de la santé et de la justice sociale à l’Université de la Saskatchewan. À cette époque, les chercheurs utilisaient des psychédéliques comme le LSD et la mescaline pour tenter de comprendre leur influence sur les comportements addictifs, en particulier l’alcoolisme, mais aussi comment ces substances offraient un aperçu temporaire de la psychose, un problème récurrent dans les grands hôpitaux psychiatriques. »  

Selon la docteure Dyck, des chercheurs spécialisés dans les psychédéliques, comme le psychiatre britannique Humphry Osmond, qui travaillait à l’hôpital psychiatrique de Weyburn en Saskatchewan, se sont également intéressés aux connaissances autochtones en matière de psychédéliques, incitant les psychiatres à sortir des sentiers battus de la pratique clinique occidentale.

L’exposition montre comment les cultures du monde entier utilisent des substances psychédéliques pour éveiller la conscience, entrer en contact avec le divin et guérir.

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Kelly Daniels est membre de la Première Nation de Sturgeon Lake et ancien président de la Native American Church of Canada. Il précise dans l’exposition qu’Osmond a participé à une cérémonie de peyotl organisée par la Native American Church en compagnie du grand-père de Daniels en 1956 afin « d’améliorer les soins apportés à ses patients à l’hôpital de Weyburn ».  

Comme Osmond, l’exposition fait appel aux connaissances de la Native American Church. Une vitrine est consacrée à des objets fabriqués par le fils de Daniels aux fins de l’exposition. « La photo d’un tipi et les objets cérémoniels témoignent de transmission intergénérationnelle, affirme Daniels. Et tout cela est lié à Humphry Osmond et à mes grands-parents. »  

Après les recherches prometteuses menées dans les années 1950 et 1960, les psychédéliques gagnent la rue et alimentent le mouvement émergent de la contre-culture. Dans le volet consacré aux années psychédéliques, un téléviseur d’époque et une projection vidéo murale plongent le visiteur au cœur de l’époque hippie, y compris le « Human Be-In » de 1967 à San Francisco, où Timothy Leary fait une brève apparition, et la guerre contre la drogue de Richard Nixon. Loin d’être une leçon d’histoire aride, c’est un rappel que, sans garde-fous appropriés, les drogues psychédéliques peuvent attiser la peur et le chaos. 

Des nuages de gros titres de journaux nous ramènent à l’actuelle renaissance psychédélique. 

« Le fait est que les psychédéliques sont là ; ils sont partout, explique Jennings. Beaucoup de personnes ont bénéficié d’un traitement assisté aux psychédéliques, mais il reste des problèmes à résoudre. Nous devons donc en parler, et le ROM l’endroit qui s’y prête. »  

Devant une murale représentant un soleil couchant, réalisée par l’illustrateur et dessinateur de culture pop Brian Blomerth, les visiteurs sont invités à répondre à la question Votre point de vue sur les psychédéliques a-t-il changé ? Écrites au crayon sur des bulles de dialogue autocollantes, les réponses recouvrent désormais presque tout un mur.  

Pour Jennings et l’équipe chargée de la conception de l’exposition, ce mur est un spectacle réjouissant. L’avenir des psychédéliques au Canada ne dépend pas du ROM… il dépend de nous tous. 

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Colin J. Fleming, rédacteur en chef et stratège créatif en communication au ROM, a développé le concept initial de l’exposition Psychédélisme : Art. Culture. Science. en collaboration avec Justin Jennings.

Une œuvre d'art verticale composée de tiges de bambou brunes avec des fleurs de ipomée bleues et blanches et des feuilles vertes qui s'entrelacent.

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