L’évolution constante du vampire

Du comte von Count à Edward Cullen : Regard sur l’évolution de ce légendaire assoiffé de sang 

Illustration des vampires de la culture populaire.

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Catégorie

Art et culture

Auteur

Sheeza Sarfraz

Avec leur allure mystérieuse

Avec leur allure mystérieuse, leur regard pénétrant et leur charme ensorceleur, les vampires tracent leurs origines à la nuit des temps. À l’origine, les vampires sont représentés comme des entités cauchemardesques mues par le besoin de drainer la force vitale des veines de leurs proies pour reconstituer leur propre force contre nature – mi-monstre, mi-homme.

Aujourd'hui, cependant, le vampire est devenu l'un des membres les plus polyvalents du surnaturel. Alors que le monstre de Frankenstein, les momies, les zombies, les loups-garous et même le Sasquatch sont restés dans les limites de leur mythologie originelle, les vampires sont passés de simples monstres hématophages à morts-vivants élégants au sommet de la chaîne alimentaire. Dans la culture populaire, les vampires ne sont pas relégués au rang des hématophages immortels. Au fil de leur histoire littéraire, ils ont acquis de nombreux pouvoirs : hypnose, métamorphose, force herculéenne, super-vitesse, télépathie et bien d’autres encore. Jadis créature de la nuit unidimensionnelle et héros byronien ténébreux, le vampire a maintenant sa place parmi les super-héros et les scélérats. Aujourd’hui, il y a Vampirella, une super-héroïne qui lutte contre les forces intergalactiques et surnaturelles sur Terre ; Blade, un chasseur de vampires qui possède tous les pouvoirs des vampires ; Dracula et son clan comme antagonistes fréquents des X-Men ; et l’univers des romans Twilight pour jeunes adultes de Stephenie Meyer, dans lequel certains vampires acquièrent des pouvoirs uniques au moment de leur « métamorphose ». L'évolution de nos croyances, de nos politiques et de nos philosophies au fil des générations a influencé les caractéristiques traditionnellement attribuées aux légendes associées aux vampires. Les vampires modernes ne sont pas sensibles au pouvoir destructeur des croix, de l’argent et de l’ail. Les intrigues s’affranchissent des règles judéo-chrétiennes et des normes sociales victoriennes.

Dracula de Bram Stoker

Dans le roman Dracula (1897) de Bram Stoker, le professeur Van Helsing suggère que le vampire a conclu un pacte avec le diable pour obtenir son immortalité à Scholomance, une  école de magie noire en Transylvanie. Depuis lors, les légendes de vampires ont évolué de telle sorte que l’accent n’est plus mis sur la récompense de la vie éternelle, mais plutôt sur le prix à payer pour une nuit sans fin.

Le roman de Stoker, fermement ancré dans la tradition gothique de l’Angleterre victorienne, est un conte moral dont l’adversaire a choisi de ne pas vivre selon la doctrine chrétienne, évitant ainsi le paradis et l’enfer. Le nom de Dracula vient du mégléno-roumain « dracul », dérivé du terme latin pour dragon qui en est venu à signifier « diable ». Les mortels qui s’opposent à lui doivent faire des choix moraux pour rejeter et, finalement, vaincre le mal.

Comme dans de nombreux romans de l’époque, et dans les histoires d'horreur en général, la moralité est au cœur des actions et, en fin de compte, des conséquences du récit de Stoker. La solution au problème consiste à mener une vie vertueuse et pieuse. Mais les valeurs de la société ont changé et le mythe du vampire avec elles. Notre société n’est plus régie par la philosophie selon laquelle les choix que nous faisons dans ce monde déterminent si nous atteindrons la vie éternelle dans l’autre. Le raccourci permettant d’atteindre l’immortalité grâce à la magie contre nature a perdu sa pertinence, mais cela semble avoir eu peu d’effet sur la popularité des vampires.

La distance parcourue par le comte de Stoker depuis son château dans les Carpates jusqu’au Londres victorien paraît dérisoire par rapport à la place que s’est taillé le mythe des vampires dans la culture populaire.

Des récits mouvants

Les récits ont délaissé les luttes traditionnelles entre le bien et le mal, les conflits entre la foi et la mortalité, pour explorer des sujets qui cherchent l’humain dans le vampire : l’émoi, l’amour, le bonheur, le chagrin et le lourd fardeau de l’immortalité.

Les vampires modernes sont plus souvent représentés comme des antihéros – ou parfois des héros tragiques – que comme des méchants traditionnels. Le roman suédois (et son adaptation cinématographique) Laisse-moi entrer traite de l’isolement et de la solitude d’une jeune fille qui restera à jamais une adolescente. À l’inverse, le personnage de Claudia dans Entretien avec un vampire une adulte piégée dans un corps d’enfant, son histoire traversant le ressentiment, les déchirements familiaux et la trahison.

Le vampire fait désormais partie de la culture populaire. Il y a encore des leçons à en tirer, bien que très différentes de celles de l’époque victorienne. Le comte von Count de Sesame Street enseigne les mathématiques aux enfants. Dans la série Vampirina, un vampire de six ans montre comment s’adapter à un nouvel environnement. Alors que les relations entre vampires et humains étaient auparavant synonymes de déchéance morale et de faiblesse de caractère, les films d’animation de la série Hôtel Transylvanie les présentent comme des relations interculturelles – un commentaire sur les préjugés et le pardon.

Le couple hématophage du film Only Lovers Left Alive rend la magie d’un amour ancien et durable face à la dépendance et à la dépression, tandis qu’un groupe de vampires néo-zélandais partageant un appartement dans Vampires en toute intimité renonce au regard hypnotique conventionnel, nous charmant plutôt par la banalité de leurs luttes millénaires et leur désir humain de rester pertinents dans une société contemporaine qui les a largement dépassés.

Les vampires ont pris de nombreuses formes

Les vampires ont pris de nombreuses formes, acquérant au fil des ans diverses forces et faiblesses. Effrayés par les symboles chrétiens, ils y sont devenus insensibles. Repoussés par l’ail ils se sont immunisés. Dans certains récits, la lumière du soleil peut les tuer, tandis que dans d’autres, ils ont développé une résistance. Mais ce qui continue à les définir, c’est leur soif de sang, qu’il soit humain, animal ou synthétique. Il y a peut-être quelque chose dans notre fascination pour l’essence de la vie qui coule dans nos veines qui en fait la seule caractéristique constante du vampire.

L’exposition originale du ROM intitulée Soif de sang : Des créatures légendaires aux sangsues retraçait les différents mythes et folklores qui ont émergé de notre fixation sur les créatures hématophages. Il y a la Baobhan Sith d’Écosse, qui se présente comme une belle femme qui s'attaque à des hommes sans méfiance. L’adzeto du Ghana, dont la morsure nuit aux affaires et à la richesse de la victime. Le draugr d’Islande est un revenant ayant un conflit à régler. Le Tsonoqua, créature autochtone de la côte ouest de l’Amérique du Nord, dévore les enfants turbulents.

Mais c’est le Dracula de Stoker qui a servi de modèle. Il a codifié le vampire pour le public occidental, créant un véritable monstre à partir de l’histoire et du folklore de l’Europe de l’Est.  Dracula s’inspire du personnage historique Vlad Tepes et du strigoi roumain, une créature vampirique qui pouvait se transformer en animal. Stoker a ajouté le lien entre les vampires et les chauves-souris, qui sont désormais synonymes de morts-vivants hématophages. Pourtant, ces créatures sanguinaires issues du folklore d’Europe de l’Est ne pourraient être plus éloignées des chauves-souris vampires du Nouveau Monde qui portent leur nom. La distance parcourue par le comte de Stoker depuis son château dans les Carpates jusqu’au Londres victorien paraît dérisoire par rapport à la place que s’est taillé le mythe des vampires dans la culture populaire.

Comme pour la plupart des folklores, les premières histoires de vampires servaient de mise en garde, propageant certaines croyances et idéologies. Au fil du temps, et en grande partie grâce à l’influence de Stoker et, plus tard, d’Hollywood, la créature a été étoffée, passant de ses origines démoniaques à un être qui peut montrer passionné, désemparé et même gentil. Le vampire n’est plus un simple prédateur ou un démon qui met à l’épreuve la foi de ses victimes en les tentant. Le vampire en est venu à incarner des traits qui font écho à nos émotions, nos faiblesses et nos forces. Et bien que la capacité du vampire à voir son reflet varie d’une histoire à l’autre, c’est notre image qui nous est renvoyée lorsque nous regardons le vampire moderne.

Les cinq règles du vampirisme selon Bram Stoker

Bram Stoker a adapté les traditions de l’Europe de l’Est pour faire de la Transylvanie la patrie officielle du comte Dracula. Son roman a également défini certains traits qui sont devenus depuis caractéristiques des vampires.

Adapté de Soif de sang : Des créatures légendaires aux sangsues.

Aversion à la lumière du soleil

Cette caractéristique apparue pour la première fois dans le Dracula de Stoker pourrait être liée à la porphyrie, une maladie qui entraîne une sensibilité à la lumière et des cloques à la suite d’une exposition au soleil.

Aversion pour l’ail

L’aversion pour l’ail trouver peut-être son origine dans la porphyrie, dont les symptômes comprennent une sensibilité aux aliments riches en soufre, comme l’ail. Cette vulnérabilité apparaît dans le roman de Bram Stoker, paru en 1897.

Absence de reflet dans le miroir

Le comte Dracula est le premier « vampire » à ne pas avoir de reflet dans le miroir. On ne sait pas ce qui a inspiré Bram Stoker à ajouter cet attribut.

Transformation par la morsure

Selon la croyance populaire, il existait plusieurs façons de devenir un vampire après la mort, mais la morsure n’en faisait pas partie. La morsure d’un vampire transformant un mourant en mort-vivant a été introduite par Bram Stoker.

Métamorphose en chauve-souris

Les légendes folkloriques parlent déjà de métamorphose, mais le premier à se transformer en chauve-souris est le comte Dracula, dans le roman de Bram Stoker. L’auteur s’inspire peut-être de la désignation d’une « chauve-souris vampire » en 1810.

Sheeza Sarfraz

Sheeza Sarfraz est gestionnaire des publications au ROM.

Une œuvre d'art verticale composée de tiges de bambou brunes avec des fleurs de ipomée bleues et blanches et des feuilles vertes qui s'entrelacent.

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