Les séquelles d’une enfance volée
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« Ces vérités ont survécu parce que nous en sommes porteurs. Cette exposition offre au public l’occasion d’enfin les écouter. » — Alfred « Lonnie » Johnson, survivant du Mohawk Institute
La vérité est au cœur des Enfances volées, une exposition organisée par des survivant.e.s du Mohawk Institute et présentée au ROM jusqu’au 1er octobre 2026. Conçue par le Secrétariat des survivants, elle rassemble des témoignages de survivant.e.s, des documents d’archives, des photographies et des entretiens multimédias qui retracent l’histoire et témoignent de l’impact durable du Mohawk Institute, pensionnat pour Autochtones.
Quelque 150 000 enfants ont fréquenté le système des pensionnats pour Autochtones au Canada établi en 1828. Parmi eux, 15 000 auraient été placés au Mohawk Institute, situé à une heure au sud de Toronto, dans ce qui est aujourd’hui Brantford, en Ontario. Les enfants ont été séparés de leurs familles, de leurs communautés et de leurs cultures et placés dans une institution où l’autorité de l’État et de l’Église se substituait aux relations parentales.
L’influence de l’institut s’est étendue sur des milliers de kilomètres, à travers plusieurs générations, et a marqué l’enfance d’enfants issus de plus de 60 communautés autochtones et régions géographiques.
Laura Arndt, responsable du Secrétariat des survivants, fait partie de l’équipe qui a contribué à la conception de cette exposition. « Enfances volées replace l’histoire des pensionnats pour Autochtones dans son contexte au prisme des expériences vécues par les enfants qui les ont fréquentés. Nous voulions créer un espace propice à une réflexion empreinte de compassion », explique-t-elle.
Les enfants ont été séparés de leurs familles, de leurs communautés et de leurs cultures et placés dans une institution.
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La sphère d’influence des pensionnats pour Autochtones au Canada n’est pas le fruit du hasard. Elle s’est étendue au fil du temps, renforcée par des mesures coercitives, punitives et législatives visant à étendre l’autorité du gouvernement et de l’Église sur les peuples autochtones par l’intermédiaire de leurs enfants. En 1920, des amendements à la Loi sur les Indiens rendent la scolarisation obligatoire pour de nombreux enfants autochtones. Des fonctionnaires chargés de lutter contre l’absentéisme scolaire se voient conférer des pouvoirs pour faire respecter cette obligation. Les parents qui s’y opposent s’exposent à des amendes ou à des peines d’emprisonnement, tandis que les enfants peuvent être emmenés à l’école sans mandat ni avis préalable.
Ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’une notion paternaliste selon laquelle les gouvernements coloniaux et les Églises ont le pouvoir de décider ce qui sert le mieux les intérêts des enfants autochtones. Ce qui est présenté comme une initiative pédagogique devient un système de contrôle institutionnel, de travail forcé et de ségrégation culturelle.
L’exposition Enfances volées jumelle cette histoire aux expériences vécues par les enfants. S’articulant autour des témoignages de survivant.e.s, elle invite les visiteurs à comprendre non seulement ce qui s’est passé au sein du Mohawk Institute, mais aussi les effets durables chez les survivant.e.s et leurs familles.
« Nous partageons nos expériences afin que cette histoire ne puisse être effacée, que ces injustices ne puissent être ignorées et que ce qui nous est arrivé ne puisse plus jamais se reproduire », déclare Sherlene Bomberry, survivante de l’Institut Mohawk.
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Tabitha Curley est une survivante intergénérationnelle du Mohawk Institute et propriétaire de Fluid Consulting, une agence de communication basée à Six Nations.