L’art à l’époque de Rembrandt
Josh Basseches, directeur général du ROM, s’entretient avec Ronni Baer, conservatrice des peintures européennes au musée de Boston, du contexte mondial unique qui a vu naître le Siècle d’or hollandais.
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Lors du lancement de l'ouvrage Au temps de Rembrandt
À l’occasion du lancement de l’exposition Au temps de Rembrandt : Les peintures hollandaises du Musée des beaux-arts de Boston, Josh Basseches s’est entretenu avec Ronni Baer du contexte mondial unique qui a vu naître le Siècle d’or hollandais, de la qualité exceptionnelle de l’exposition et des indices qui laissent croire qu’une personne autour de la table triche aux aux cartes.
Josh Basseches : Ronni, chaque fois que je discute avec vous, j’en apprends davantage sur ces peintures. Pouvez-vous commencer par nous expliquer comment vous avez structuré cette exposition ?
Ronni Baer : La magie de la peinture hollandaise tient à ses différents niveaux de lecture. Normalement, le parcours d’une exposition est fonction de la nature des tableaux : scènes de genre, paysages, natures mortes. Ici, j’ai voulu encourager d’autres façons de regarder cet art.
La première salle est consacrée aux « détails ». Les visiteurs sont invités à déchiffrer les différents détails des œuvres et à découvrir le sens caché des tableaux. Vous comprendrez l’importance de scruter les œuvres et de comprendre l’intention des artistes qui les ont réalisées. Ce sont autant de témoignages de la société de l’époque. J'espère que vous comprendrez à quel point il est important de regarder de près et de comprendre les personnes qui ont créé cet art - comment il reflète la société dans laquelle il a été créé. L’observation attentive de ces tableaux est très enrichissante.
JB : Vous avez tout à fait raison. Ces peintures gagnent à être regardées de près. C'est un peu comme déballer un cadeau. D’abord, il y a l’attente créée par l’emballage et ses rubans, puis vient la découverte. Y a-t-il un élément d’un tableau qui vous a surpris, que vous ne connaissiez pas avant de l’avoir regardé de plus près ?
RB : Il y a paysage d’hiver de l’artiste Aert van der Neer, qui ne figure pas parmi les maîtres. C’est la peinture la plus accomplie que je lui connaisse. Elle se distingue par son rendu du vent et des vêtements qu’il fouette. Une fois son tableau terminé, il y a ajouté une multitude de minuscules flocons de neige balayés par le vent. C’est un détail qui n’apparaît pas nécessairement dans les reproductions du tableau. Mais lorsqu’on se trouve devant le tableau, on se dit : « Le froid n’a pas de secret pour cet artiste ».
JB : En quoi les œuvres présentées au ROM sont-elles exceptionnelles ?
RB : L’état de ces peintures. Ces œuvres ont environ 350 ans et leur état est remarquable. L’histoire d’une œuvre d’art est inscrite sur sa surface, pour peu que l’on sache regarder.
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JB : Je pense que parfois les gens ne comprennent pas tout à fait...
JB : Je pense que les gens ne comprennent pas toujours que beaucoup des peintures vieilles de 350 ans dans des collections, même dans des musées, ont été travaillées et retravaillées à maintes reprises. Les tableaux réunis dans l’exposition témoignent de l’intention première des peintres. Je suis d’accord avec vous, c’est exceptionnel. Pourquoi le 17e siècle a-t-il été appelé l’âge d’or de la peinture hollandaise ?
RB : Je pense que c’est à cause du travail d’un aussi grand nombre d’artistes doués. Au 17e siècle, les Pays-Bas du Nord se séparent des Pays-Bas du Sud et, ce faisant, deviennent un État protestant sans monarchie. Ainsi, dans la plupart des autres pays d’Europe, l’Église et l'État commandent de nombreuses peintures, alors que dans les Pays-Bas du Nord, il s’agit d’une oligarchie.
Le siècle est qualifié d’or en raison de l’extraordinaire production artistique de l’époque. Des gens de tous les milieux sociaux achètent des œuvres d’art. Cette société mercantile s’impose comme un chef de file dans de nombreux domaines : la science, l’exploration du monde, la construction navale, le blanchiment du lin, la fabrication de bière, et plus encore. C’est une société incroyablement riche.
Je n’utilise presque jamais l’expression « siècle d’or », mais il est tout à fait approprié, et j’imagine que c’est l’une des raisons pour lesquelles vous avez voulu présenter une telle exposition au ROM. N’est-ce pas ?
JB : Les raisons pour lesquelles je suis enchanté de présenter cette exposition au ROM sont nombreuses. Ce sont des œuvres exceptionnelles et nous sommes ravis de les présenter au public de Toronto, de l’Ontario et d’ailleurs.
Le ROM est l’un des musées les plus encyclopédiques au monde et il réunit sous un même toit les mondes de l’art, de la culture et de la nature. Le 17e siècle néerlandais était une époque où les gens commerçaient dans le monde entier, tissant des liens universels entre l’art, la culture, la science et la nature. Cette exposition s’inscrit à merveille dans le cadre de la collection du ROM. À leur sortie de l’exposition, les visiteurs peuvent se rendre dans les galeries européennes, puis dans d’autres parties du Musée où l’on peut en apprendre davantage sur domaines d’étude des Néerlandais.
JB : Quels sont les tableaux de l'exposition que les gens devraient absolument voir ?
JB : Quels tableaux figurent parmi les incontournables de l’exposition?
RB : Je les aime tous, ils sont comme mes enfants. Je me sentirais coupable d’en choisir un plutôt qu’un autre.
Aeltje, qui est l’image emblématique de l’exposition, est l’un des plus grands Rembrandt à appartenir à un particulier. Vous pouvez la rencontrer personnellement dans l'exposition. Mis à part sa technique de virtuose et son état de conservation, le portrait d’Aeltje revêt une importance historique en ce qu’il relie les séjours de Rembrandt à Leyde et à Amsterdam. Il permet de comprendre comment le jeune artiste a réussi dans la capitale en s’alliant avec le marchand Hendrick van Uylenburgh, le cousin d’Aeltje.
La première section de l’exposition comprend un charmant tableau de Jan Steen représentant une femme qui triche aux cartes. Vous comprendrez pourquoi Jan Steen n’a rien perdu de sa popularité.
Mentionnons également l’autoportrait de Gerrit Dou, qui est d’une facture hors du commun. Au 19e siècle, Dou était plus célèbre que Rembrandt. Mais lorsque la notion de génie a supplanté celle de savoir-faire, Rembrandt a pris le pas sur Dou.
La dernière salle de l’exposition réunit deux portraits en pied de Rembrandt qui sont plutôt inusités. Ils représentent parfaitement la manière de Rembrandt dans les années 1630, lorsqu’il exerce son métier à Amsterdam. On ne connaît que trois paires de portraits en pied de la main de Rembrandt. Nous avons beaucoup de chance de les avoir.
Je les qualifie d’inusités parce que ces portraits sont ceux d’un ministre et de sa femme. Ces portraits en pied, réalisés par le plus important portraitiste d’Amsterdam à l’époque, ont été commandés par le fils du couple. Ils montrent donc les prétentions du fils, et non celles des sujets, qui vivaient en Angleterre et n’étaient que de passage à Amsterdam. On ne peut que s’imaginer à quel point la maison de leur fils devait être grande pour accueillir ces tableaux.
J’adore l'histoire qui se cache derrière ces tableaux qui témoignent du cheminement de Rembrandt à Amsterdam après avoir peint le portrait d’Aeltje.
Le fait que l’exposition s’ouvre sur le portrait d’Aeltje et s’achève sur ceux du révérend Elison et de sa femme est particulièrement intéressant. La boucle est pour ainsi dire bouclée.
L'art à l'époque de Rembrandt
L’exposition Au temps de Rembrandt : Les peintures hollandaises du Musée des beaux-arts de Boston a été présentée au ROM du 1er juin au 15 septembre 2019.