La signification des musées
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Alors que parents et enfants affluent dans la Rotonde aux mosaïques dorées de l’étage supérieur, dans le théâtre Signy et Cléophée Eaton, Josh Basseches s’adresse au personnel et aux bénévoles du ROM. Nous sommes à la fin du mois de juillet – période de pointe estivale – et M. Basseches, à cinq mois de quitter le poste de directeur général qu’il occupe depuis 2016, répond à des questions.
Après avoir répondu à une question sur la position du Musée en matière d’intelligence artificielle, M. Basseches se voit poser une question beaucoup plus personnelle : Quelle est la réalisation dont il est le plus fier depuis qu’il est au ROM ? Peu de gens auraient été étonnés qu’il réponde une grande exposition conçue par le ROM comme Zuul : La vie d’un dinosaure cuirassé ou encore ROMOuvert, le vaste projet de transformation architecturale du Musée inauguré le 14 février 2024. Josh fait plutôt voir une brochure d’une trentaine de pages : L'Orientation stratégique du ROM.
Adopté en 2018, ce document constitue la feuille de route qui permettra au ROM de devenir un « musée à l’image du 21e siècle ». Un musée qui transforme des vies en « en aidant les gens à interpréter le passé, à comprendre le présent et à construire ensemble un avenir commun dans lequel les gens s’épanouissent de concert avec le monde naturel ». Le document représente une réinterprétation radicale de ce que signifie être un grand musée dans le monde actuel.
Pour Basseches, que le ROM soit excellent ne suffit pas. Le Musée se doit d’être pertinent, d’être tourné vers l’extérieur comme jamais auparavant. Il se doit de mobiliser et d’inspirer le public. « Qu’il s’agisse de spécimens de dinosaures du Trias ou d’une statue de la Grèce antique datant de plus de 2000 ans, la question qui se pose est qu’elle en est la pertinence actuelle », dit-il.
La question de la pertinence est au cœur de l'Orientation stratégique, qui sous-tend une grande partie des activités du ROM, du rez-de-chaussée gratuit, qui permet à des dizaines de milliers de personnes de visiter le Musée qui n’auraient pu le faire autrement, à des projets inédits tels que l’exposition Psychédélisme qui sera présentée au mois de juin 2026. Ce qui explique la place de choix qu’occupe l’Orientation stratégique le bilan que dresse Josh Basseches de son mandat.
Bien entendu, il est également fier de nombreuses autres réalisations. Par un froid après-midi de novembre, un mois avant de quitter son poste, Josh Basseches s’est entretenu de ses dix années passées au ROM et de ce qu’il espère laisser en héritage.
Les musées ont le pouvoir de transformer des vies. Parfois, il s’agit de petites choses. Parfois, il s’agit du cours de la vie d’une personne.
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L’inclusion s’impose comme un des principaux thèmes de votre mandat. Pourquoi est-ce si important pour vous ?
Dès mon arrivée au Canada, j’ai été impressionné par la diversité de Toronto. La ville la plus multiculturelle au monde, où plus de 50 % des personnes qui y vivent sont nées à l’étranger, et j’en suis. Le Musée se doit être un lieu où toutes les personnes – peu importeleurs origines, leur lieu de naissance, leur statut socio-économique – ont l’impression d’y avoir leur place. Et pour ce faire, il faut que le Musée soit à leur image.
La question « Comment faire en sorte que les communautés trouvent leur place au Musée ? » guide toutes nos entreprises, qu’il s’agisse de la future Galerie des arts et de la culture sikhs ou d’une exposition comme Être et Appartenir. Et, bien sûr, les communautés autochtones sont au cœur de cette préoccupation. Nous avons travaillé de concert avec le personnel autochtone du Musée et les membres de la communauté à l’actualisation de la Galerie Daphne Cockwell des arts et des cultures des Premiers Peuples, en plus d’accueillir des expositions comme TUSARNITUT ! Musique née du froid.
Au cours de l’exercice 2017-2018, le ROM a accueilli 1,44 million de visiteurs – un record de fréquentation en 104 ans d’histoire du Musée. À quoi attribuez-vous ce moment historique ?
La fréquentation des musées est le résultat d’expositions et de programmes exceptionnels et pertinents, fondés sur une recherche innovante et soutenus par de solides initiatives de marketing et de communications. Autrement dit, « Qu’avons-nous à offrir et comment en parler aux gens de manière à les inciter à venir au Musée ? »
L’année 2017 a été marquée par Du fond des mers : La baleine bleue, une exposition hors du commun s’articulant autour du squelette grandeur nature d’une baleine bleue récupéré que les scientifiques du ROM. Nous avons également présenté les expositions VIKINGS, Les Anishinabes : Art et pouvoir et ChristianDior qui ont ravi nos publics. Ces projets ont été soutenus par d’importantes campagnes de marketing qui ont permis d’atteindre un large public. L’année marquait également le 150e anniversaire du Canada et les visiteurs étrangers étaient nombreux. Tous ces facteurs ont contribué à une fréquentation inégalée du Musée.
Au cours de la dernière décennie, le ROM a présenté une série de remarquables expositions, dont beaucoup des conceptions originales du Musée. Quelles sont les deux expositions dont vous êtes le plus fier et pourquoi ?
C’est un peu comme avoir à choisir son enfant préféré. Je vais donc me concentrer sur les expositions récentes. Auschwitz. Pas si longtemps. Pas si loin., qui a été présenté du 10 janvier au 1er septembre 2025, est l’une des expositions les plus importantes que le Musée ait jamais accueillies. L’exposition ne traitait pas seulement des horreurs de l’Holocauste, mais aussi des systèmes, des personnes et des croyances qui en sont responsables. Je tiens à souligner l’installation des cinq kiosques ROMRéflexion qui invitaient les visiteurs à amorcer des discussions sur les préjugés, l’influence des perceptions et l’ouverture d’esprit.
Je suis également très fier de Kent Monkman : Être légendaire. L’art de Kent est incroyablement puissant et la trame narrative de cette exposition – la continuité de l’histoire et des savoirs autochtones à travers les âges – était très importante. Être légendaire est un excellent exemple de la manière dont nous pouvons mieux nous engager auprès des communautés autochtones. Dans le cas de cette exposition, nous avons confié la conception et l’aménagement de la galerie à Kent et à son équipe, le personnel du ROM jouant un rôle de soutien. Ce n’est pas quelque chose que les musées en général ont l’habitude de faire et, en particulier, ce n’est pas quelque chose que ce Musée aurait fait il y a 10 ou 20 ans.
Enfin, je suis fier d’expositions comme L'étoffe qui a changé le monde : Les cotonnades indiennes et l’exposition primée Soif de sang, des créatures légendaires aux sangsues, qui mettent en lumière les riches collections et les recherches de pointe de cette institution, et qui sont aujourd’hui présentées à travers le monde.
Le projet ROMOuvert a été mis en œuvre en 2024. Comment envisagez-vous l’évolution du Musée ?
J’envisage toujours les grands projets d’investissement au prisme de la concrétisation de la stratégie de l’institution, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de construire pour le plaisir de construire. Notre objectif est de faire du ROM un centre culturel et communautaire encore plus important, et ROMOuvert est la manifestation concrète de cette intention. Il s’agit d’ouvrir encore plus grand nos portes, de rendre le Musée encore plus accueillant et de faire en sorte que des personnes de tous horizons puissent y trouver leur place.
Une fois les travaux achevés, le rez-de-chaussée sera gratuit et proposera une programmation attrayante 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 autant que faire se peut, grâce à la Fondation Temerty. Tous ces efforts visent à faire du Musée un lieu dynamique et accueillant où les gens ont envie de se retrouver, que ce soit pour une demi-heure ou pour toute la journée.
À la fin de l'année 2025, vous aurez passé une dizaine d’années en tant que directeur général du ROM. Quel serait l’héritage que vous aimeriez laisser ?
Lorsque je me promène dans les galeries ou dans Toronto, les gens m’arrêtent souvent pour me dire « J’ai emmené mon fils au Musée et il est tombé amoureux des dinosaures ». Ou encore, « J’ai assisté à une présentation sur l’art canadien et la conférencière a réussi à changer ma façon de penser ». Les musées ont le pouvoir de transformer des vies. Parfois, il s’agit de petites choses. Parfois, il s’agit du cours de la vie d’une personne. Si, au cours de mes dix années à la tête du ROM, j’ai contribué à la création de ce genre d’expériences, c’est l’héritage que j’aimerais laisser.
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Colin J. Fleming est rédacteur en chef et stratège créatif principal en communications au ROM.