Art, empathie et survie
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Art et cultureLa scienceEntomologie, insectes et bestioles
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Ruche en aluminium de 44 tonnes au cœur des Kew Gardens à Londres, monument imposant érigé en hommage à la suite de Fibonacci qui surplombe Kangaroo Point à Brisbane ou disque en aluminium et en acier installé temporairement à Taichung qui transmet des signaux en direct depuis la surface du soleil, les œuvres de Wolfgang Buttress transcendent leur support sculptural pour brouiller les frontières entre l’art public et le monde naturel. Cet artiste primé crée un univers à la confluence de la nature et de l’imaginaire. Les impressionnantes sculptures de Buttress deviennent des portails vers de nouvelles dimensions qui font valoir les merveilles de notre cosmos et la fragilité de nos écosystèmes. Son plus récent projet, Les abeilles : Une histoire de survie, propose aux visiteurs un voyage immersif dans l’univers de ces pollinisateurs. À l’aide d’installations, d’éléments interactifs et de paysages sonores (dont le bourdonnement de plus de 30 000 abeilles !), Buttress crée une expérience qui plonge les visiteurs dans l’univers sensoriel des abeilles, soulignant le rôle vital que ces insectes jouent dans les systèmes vitaux de notre planète.
Quand j’étais plus jeune, je pensais que mon rôle en tant qu’artiste était d’exprimer mon angoisse existentielle. Au fil des ans, je me suis rendu compte que je fais partie du monde naturel, que j’en fais partie intégrante.
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Vous avez conçu et réalisé l’exposition Les abeilles : Une histoire de survie, qui est présentée au ROM. Pourquoi avoir choisi ce mode d’expression pour souligner l’urgence liée au déclin des populations d’abeilles ?
Les abeilles sont essentielles, non seulement à la vie humaine, mais à la santé de la planète dans son ensemble. Cette œuvre part du principe que les humains ne sont pas les acteurs principaux sur Terre, mais une espèce parmi d’autres au sein d’un réseau de vie profondément interdépendant. En tant qu’artiste, je cherche à créer des expériences qui permettent aux gens de ressentir, plutôt que de simplement comprendre.
Mon intention était de susciter de l’empathie pour ces créatures extraordinaires, dont l’existence est de plus en plus menacée. Si nous apprenons à aimer quelque chose, peut-être serons-nous moins enclins à lui nuire ou à le détruire.
Je souhaitais créer un environnement immersif dans lequel le public pourrait se sentir partie intégrante du monde des abeilles, plutôt que séparé de celui-ci. En jouant sur l’échelle et la perspective, l’œuvre invite les visiteurs à adopter momentanément un point de vue différent, suscitant émerveillement, admiration et humilité. L’espoir est que ce changement de perception favorise une appréciation plus profonde de notre place au sein du monde vivant.
L’urgence de cette relation est étayée par des preuves scientifiques bien établies.
Les abeilles sont une espèce clé de voûte, pollinisant environ 80 % de toutes les plantes à fleurs. Ces plantes fournissent nourriture, abri et habitat à d’innombrables oiseaux, mammifères, insectes et autres animaux sauvages, ce qui rend les abeilles indispensables à la santé des écosystèmes. Elles sont également indispensables à la production alimentaire mondiale. Plus de 70 des 100 cultures alimentaires les plus importantes au monde – notamment les pommes, les fraises, les amandes, les tomates et les courges – dépendent de la pollinisation par les abeilles.
Au-delà de la production alimentaire, les abeilles renforcent la biodiversité en transférant le pollen d’une population végétale à l’autre, ce qui accroît la diversité génétique et aide les plantes à devenir plus résistantes aux maladies et aux changements environnementaux.
Leur valeur économique est tout aussi importante. Les services de pollinisation que les abeilles fournissent gratuitement permettent aux agriculteurs d’économiser des milliards de livres chaque année à travers le monde. Au Royaume-Uni, le coût annuel estimé du remplacement de la pollinisation par les abeilles par une pollinisation manuelle s’élève à environ 1,8 milliard de livres.
Les faits sont incontestables. Pourtant, les faits seuls changent rarement notre façon de ressentir les choses. Cette exposition vise à compléter la compréhension scientifique par une expérience émotionnelle – une expérience qui invite à l’empathie, remet en question notre perspective anthropocentrique et nous rappelle que la survie des abeilles est indissociable de la nôtre.
Votre art s’inspire largement de la nature. Considérez-vous le monde naturel presque comme un partenaire artistique dans certains de ces projets ?
Tout à fait. Quand j’étais plus jeune, je pensais que mon rôle en tant qu’artiste était d’exprimer mon angoisse existentielle. Au fil des ans, je me suis rendu compte que je fais partie du monde naturel, que j’en fais partie intégrante. Ce changement de perspective a transformé ma façon de créer. Plutôt que d’imposer ma propre voix, je m’attache davantage à prêter attention, à observer, à exprimer et à répondre à ce qui m’entoure. En ce sens, la nature devient une collaboratrice. J’ai découvert qu’écouter peut être plus créatif et épanouissant que de crier.
Vos sculptures utilisent le son pour plonger le visiteur au cœur de leur environnement. Comment le son en général influence-t-il votre pratique ?
Le son est devenu fondamental dans ma pratique, même si cela n’a pas toujours été le cas. Je fais de la musique depuis plus de 40 ans, ayant commencé dans un groupe punk avant de m’orienter progressivement vers des formes de composition plus ambiantes. Pendant longtemps, cependant, la musique et les arts visuels ont coexisté comme deux aspects totalement distincts de ma vie.
Cela a changé en 2014, lorsque j’ai vécu une expérience marquante en me tenant près d’une colonie d’abeilles. Non seulement je les voyais, mais je les entendais. Leur bourdonnement collectif me donnait l’impression d’un lien direct avec la Terre, comme si les abeilles servaient de canal ou de portail. Il y avait quelque chose de profondément viscéral dans cette vibration grave et résonnante. Je me souviens avoir pensé que si je parvenais à traduire cette énergie, cette vitalité et ce mouvement constant en une œuvre d’art, cela pourrait devenir une expérience extraordinaire tant pour moi que, peut-être même, pour d’autres.
En travaillant avec mes collaborateurs musicaux, BE et Karman Line Collective, nous avons découvert que le bourdonnement naturel d’une colonie d’abeilles se situait étonnamment près de la tonalité de do. Nous avons commencé à jouer aux côtés des abeilles, enregistrant des centaines de pistes musicales qui ont fini par constituer une bibliothèque vivante de sons.
Ce processus a donné naissance à The Hive, une installation permanente aux Jardins de Kew, à Londres. Des signaux provenant en direct de l’intérieur d’une ruche active déclenchent en continu à la fois l’éclairage et les éléments musicaux de la sculpture. En effet, les abeilles deviennent les co-auteurs de ce paysage sonore. La colonie étant en constante évolution, la composition n’est jamais deux fois la même. Cela ressemble moins à une œuvre musicale qu’à une conversation continue entre les abeilles et les humains.
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Écoutez-vous de la musique quand vous travaillez ?
Quand je travaille en atelier, j’opte généralement soit pour le silence total, soit pour une musique qui laisse de la place à la réflexion. J’écoute souvent des artistes comme Stars of the Lid, Brian Eno, Burial et Thomas Tallis. De temps en temps, cependant, j’ai encore besoin de me défouler avec quelque chose de bruyant et de primitif, comme les Saints ou les Stooges.
Quelles ont été les influences les plus marquantes dans votre démarche ?
Il y a tant d’influences qui façonnent ma pratique – certaines évidentes, d’autres cachées ; certaines puissantes et immédiates ; d’autres subtiles et assimilées petit à petit au fil du temps. Je pense que l’influence vient de partout : des personnes, des lieux, des expériences et des moments qui modifient notre façon de voir le monde.
L’une des expériences les plus marquantes de mon parcours artistique a été ma première visite au Japon. La sensibilité à l’espace, au silence, aux matériaux, au savoir-faire artisanal, ainsi qu’à la relation entre l’art, l’architecture et la nature a profondément influencé ma façon d’envisager la création et l’expérience artistiques.
J’ai également eu l’incroyable chance d’avoir, au secondaire, un professeur d’arts plastiques inspirant, Brian Campbell, qui m’a encouragé à observer attentivement, à tout remettre en question et à explorer mes propres idées. Cet encouragement précoce m’a accompagné tout au long de ma vie.
Mes influences sont vastes et transcendent souvent les frontières entre les disciplines. En musique, je puise mon inspiration à travers les siècles et les genres – d’Hildegarde de Bingen au Velvet Underground, et de Brian Eno à Burial. En arts plastiques, des artistes tels que Cy Twombly et Antoni Tàpies ont influencé ma réflexion sur le geste, la matière, l’espace et la puissance émotionnelle de la simplicité. En architecture, les œuvres de SANAA, Tadao Ando et Junya Ishigami continuent de m’inspirer par leur sensibilité à la lumière, à l’atmosphère, à la nature et à l’expérience humaine de l’espace.
En fin de compte, je pense que les influences les plus marquantes ne sont pas toujours des artistes individuels ou des œuvres données, mais plutôt des rencontres et des expériences qui modifient votre perception. Ces moments de connexion – que ce soit avec un lieu, un son, une matière ou un autre être vivant – sont souvent ceux qui restent gravés en vous et façonnent discrètement le travail que vous réalisez.
Avez-vous reçu des commentaires de la part des visiteurs après leur visite de l’exposition Les abeilles ?
J’ai eu la chance de recevoir de nombreux commentaires réfléchis et positifs. Ceux qui m’ont le plus profondément touché provenaient de jeunes visiteurs.
Il y a quelque chose d’incroyablement émouvant à voir cette œuvre toucher une génération qui héritera des défis auxquels nous sommes confrontés. Ma génération n’a pas toujours été la meilleure gardienne du monde naturel, et je crois que c’est la prochaine génération qui apportera la vision, l’engagement, la compassion et la détermination nécessaires pour créer un changement significatif.
Si cette exposition peut contribuer, ne serait-ce qu’un peu, à susciter la curiosité, l’empathie et un lien plus profond avec le monde naturel, alors j’estime qu’elle aura accompli quelque chose qui en vaut la peine. En fin de compte, ce travail vise à créer un moment de connexion. Un moment qui pourrait encourager les gens à se sentir concernés, car c’est souvent par là que commence le changement.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
En ce moment, je travaille sur plusieurs projets qui, bien que très différents dans leur forme, sont liés par des idées autour de la mémoire, de la nature et des forces invisibles.
Je réalise une sculpture monumentale intitulée Willow à Taipei, à Taïwan, ainsi qu’une sculpture commémorative dédiée aux journalistes britanniques qui ont perdu la vie alors qu’ils couvraient l’actualité en première ligne. Ces deux projets explorent les thèmes du souvenir, de la résilience et de la manière dont nous conservons les récits et les expériences humaines.
Parallèlement à ces œuvres sculpturales, je réalise une série de peintures inspirées par les phases de la lune et les rythmes des cycles naturels. Je me lance également dans une nouvelle collaboration musicale avec le Karman Line Collective, dans le cadre de laquelle nous travaillons sur les vibrations sismiques de la Terre, en explorant comment les mouvements cachés sous nos pieds peuvent être traduits en sons et en expériences.
Je semble revenir sans cesse aux mêmes questions : comment pouvons-nous écouter plus attentivement, comment pouvons-nous prendre davantage conscience des forces et des histoires qui nous entourent, et comment l’art peut-il créer un lien entre nous-mêmes et le monde qui nous entoure ?
If this exhibition can play even a small part in inspiring curiosity, empathy, and a deeper connection with the natural world, then I feel it has achieved something worthwhile.
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Have you heard directly from visitors after they visited the BEES exhibition?
I have been fortunate to receive many thoughtful and positive responses from visitors to the exhibition. The messages that have touched me most deeply have come from younger people.
There is something incredibly moving about seeing the work connect with a generation who will inherit the challenges we face. My generation has not always been the best custodians of the natural world, and I believe it is the next generation who will bring the vision, commitment, compassion, and determination needed to create meaningful change.
If this exhibition can play even a small part in inspiring curiosity, empathy, and a deeper connection with the natural world, then I feel it has achieved something worthwhile. Ultimately, the work is about creating a moment of connection—one that might encourage people to care, and caring is often where change begins.
What are you working on at the moment?
At the moment, I am working on several projects that, although very different in form, are connected by ideas around memory, nature, and unseen forces.
I am developing a large-scale sculpture called Willow in Taipei, Taiwan, as well as a memorial sculpture dedicated to U.K. journalists who have lost their lives while reporting from the front line. Both projects explore themes of remembrance, resilience, and the ways in which we hold on to stories and human experiences.
Alongside these sculptural works, I am creating a new series of paintings inspired by the phases of the moon and the rhythms of natural cycles. I am also beginning a new musical collaboration with Karman Line Collective, where we are working with seismic vibrations from the Earth—exploring how the hidden movements beneath our feet can be translated into sound and experience.
I seem to keep returning to the same questions: How can we listen more closely, how can we become more aware of the forces and stories that surround us, and how can art create a connection between ourselves and the wider world?
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Les abeilles : Une histoire de survie est une exposition créée par National Museums of Liverpool en collaboration avec Wolfgang Buttress. Un présentation de Desjardins, elle est à l’affiche du ROM jusqu’au 18 octobre 2026.