Du rituel à la recherche – Le ROM vous invite à découvrir l’univers des psychédéliques
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Une nouvelle exposition du ROM explore le pouvoir de modification de l'esprit des psychédéliques
TORONTO, 29 avril 2026 – Jadis stigmatisées, les drogues psychédéliques sont aujourd’hui omniprésentes : programmes de recherche dans les grandes universités ; reportages les qualifiant de traitements révolutionnaires ; et mise en garde contre les risques d’épisodes psychotiques.
La résurgence de ces puissantes substances s’accompagne de grandes questions sur leur origine, leur impact et leur potentiel. Des traditions sacrées millénaires aux études cliniques en santé mentale, les psychédéliques sont définis d’une myriade de façons. Notre perception de ces composés chimiques a de répercussions profondes sur la santé et la société.
Psychédélisme : Art. Culture. Science., une exposition conçue par le ROM, ne s’en tient pas aux gros titres, examinant plutôt l’importance historique, interculturelle et scientifique des états modifiés de conscience.
À l’affiche du 6 juin au 6 décembre 2026, cette exposition interdisciplinaire, heureux mariage de la science et de l’histoire, invite le visiteur à parcourir les paysages changeants de la conscience humaine, retraçant comment les psychédéliques ont façonné nos univers intérieurs à travers les âges.
Psychédélisme est le fruit d’une collaboration entre Justin Jennings (Ph. D.), conservateur principal de l’archéologie des Amériques au ROM, et Colin Fleming, rédacteur en chef et stratège créatif en communications au ROM, qui ont développé l’idée de juxtaposer les racines historiques des psychédéliques et la recherche scientifique contemporaine en la matière. Ils sont également coéditeurs du catalogue qui accompagne l’exposition. L’ouvrage s’appuie sur le travail sur le terrain de Jennings qui a mis au jour les premières preuves de la consommation de psychotropes chez les Huari, qui ont régné sur les hautes terres du Pérou de 600 à 1000 de notre ère.
Le développement d’une exposition consacrée à un sujet comportant autant de facettes et couvrant des milliers d’années d’histoire culturelle et scientifique a fait appel à la contribution d’une trentaine d’experts en la matière et de conseillers communautaires.
« En mettant en avant diverses pratiques culturelles et les recherches les plus récentes, l’exposition Psychédélisme : Art. Culture. Science. permet aux visiteurs de s’y retrouver dans ce sujet d’actualité, affirme Jennifer Wild, codirectrice générale intérimaire du ROM. Nous présentons une exposition à la fois pertinente et immersive, riche en œuvres d’art et en spécimens d’histoire naturelle. »
« Cette exposition a pour but d’enrichir les connaissances, d’encourager la réflexion critique et d’amorcer le dialogue, déclare Justin Jennings, commissaire de l’exposition. Malgré la très grande complexité de la question des psychédéliques, nous avons beaucoup à apprendre des différentes traditions qui peuvent nous aider à construire un avenir plus sain et plus inclusif. »
S’articulant autour de sections qui font écho à une expérience psychédélique, l’exposition invite les visiteurs à élargir leur ouverture d’esprit en explorant six grandes questions sur l’histoire, la science, l’impact culturel et l’avenir des psychédéliques. L’exposition propose un examen rigoureux des risques et des avantages de ces substances. Expériences immersives, œuvres d’art, objets sacrés et spécimens naturels, y compris ceux qui servent depuis longtemps à la fabrication de médecines traditionnelles et de dérivés modernes en laboratoire, serviront de mise en contexte.
Psychédélisme réunit 90 objets des collections du ROM ainsi que des prêts d’institutions et de communautés culturelles à travers le monde. Peintures, affiches, textiles, spécimens, maquettes et documents d’archives sont autant d’éléments qui contextualisent quatre psychotropes qualifiés de « psychédéliques classiques » qui ont des effets semblables sur le cerveau : psilocybine, LSD, mescaline et DMT. Cette section comprend une reproduction de la lettre écrite en 1956 par le célèbre écrivain Aldous Huxley au psychiatre de la Saskatchewan Humphrey Osmond, à qui l’on doit l’expression « psychédélique ». Le mot d’origine grecque signifie « qui manifeste par la psyché ».
Le visiteur se familiarise ensuite avec le fonctionnement des psychédéliques et leur capacité d’engendrer de nouvelles connexions neuronales, notamment leur capacité de déformer la réalité. La recherche clinique et son rôle dans le retour des psychédéliques dans le discours dominant est également mis de l’avant. Les universités, les hôpitaux et autres institutions étudient aujourd’hui la capacité de ces drogues de briser des modes de pensée rigides et répétitifs.
Le public en apprendra davantage sur la multiplication des études sur la thérapie assistée par les psychédéliques menées dans le monde au cours des deux dernières décennies, dont le plus important essai clinique avec de la psilocybine (substance présente dans les « champignons magiques ») auprès de personnes souffrant de dépression réfractaire dans 22 centres de recherche dans 10 pays, y compris le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) qui était le seul participant canadien. Ces études visent à établir l’efficacité des psychédéliques dans le traitement des états comme la dépression, la dépendance, l’anxiété et le stress post-traumatique.
« Les psychédéliques se situent au carrefour fascinant de la science, la médecine, la culture et l’expérience humaine, affirme le Dr Ishrat Husain, scientifique principal et psychiatre au CAMH, et membre du groupe d’experts-conseils de l’exposition. Ce moment est important en ce que la recherche moderne nous permet de repenser ces substances à la lumière de la rigueur scientifique, de l’humilité et d’un engagement formel en ce qui a trait à l’éthique et à la sécurité des patients, tout en approfondissant notre compréhension du cerveau et des problèmes liés à la santé mentale comme la dépression. »
Bien que le fonctionnement de ces composés chimiques soit toujours à l’étude, l’exposition présente les nombreux organismes vivants (allant des champignons aux crapauds du désert) qui produisent des substances ayant des effets psychédéliques. Ces substances contribuent à la survie des organismes en éloignant les prédateurs, freinant la croissance des plantes rivales ou favorisant la dispersion des spores fongiques. L’exposition n’hésite pas à présenter l’envers de la médaille. Lorsque les humains en consomment, les effets peuvent varier largement, allant de médicales à toxiques à mortelles.
Les visiteurs auront l’occasion de se familiariser avec des pratiques traditionnelles liées aux substances psychédéliques en examinant des objets qui accompagnent leur consommation (biens sacrés, œuvres d’art et textiles provenant de communautés autochtones à travers les âges, dont les Mayas et la population huichol actuelle), soulignant l’importance des psychédéliques au sein de diverses cultures partageant le désir d’accéder à un état de conscience supérieure.
Découvrez le rapport des communautés contemporaines, y compris les membres de l’Église Santo Daime et les Shipibo-Konibo de l’Amazonie péruvienne, avec l’ayahuasca – un thé psychoactif consommé pour favoriser des expériences spirituelles, la connaissance de soi et la guérison.
Un gros plan sur les années 1960, une période indissociable du psychédélisme sous toutes ses formes, ne saurait être laissé pour compte. Les drogues faisaient partie intégrante de cette époque marquée par l’anticonformisme, l’innovation artistique primait et la contre-culture. Des affiches de concerts rocks et des pochettes de disques plongent le public au cœur du mouvement psychédélique.
Un des volets les plus inusités de l’exposition – un espace multimédia immersif – offre un point de vue unique aux visiteurs qui cherchent à mieux comprendre l’expérience psychédélique. Au programme, des éléments visuels et sonores qui font écho à la succession d’étapes d’un voyage psychédélique : intensification des textures, répétition d’objets fractals et paysages sonores. Les œuvres présentées dans cette section contribuent à l’effet sensoriel, notamment la photo grand format La mort de l’ego, réalisée en 2023 par l’artiste et cinéaste canadienne Annie MacDonell, montrant une jeune femme vivant un rêve psychédélique.
La dernière section se veut un rappel de la prémisse de l’exposition : examiner l’avenir en devenir des psychédéliques au prisme de leur renaissance. Des gros titres et des œuvres d’art reflètent à la fois les promesses et les pièges de ces substances, notamment un paysage onirique en technicolor du bédéiste américain Brian Blomerth, connu pour ses « histoires visuelles » des psychédéliques et ses projets pour des groupes comme Fleet Foxes, Future Islands et Tame Impala. Une activité participative invite les visiteurs à répondre à la question « L’exposition a-t-elle changé votre perception des psychotropes ? ».
Après des décennies de prohibition, ces substances font un retour en force. Psychédélisme : Art. Culture. Science. propose un cadre favorisant une meilleure compréhension de ces composés chimiques afin de créer un avenir meilleur – un avenir alimenté par les savoirs autochtones, culturels et scientifiques.
À noter : Le ROM ne préconise pas la consommation de drogues psychédéliques, ni ne fournit des indications quant à leur usage. La plupart des psychédéliques demeurent illégaux dans de nombreux pays, y compris le Canada.
Les Membres du ROM auront l’occasion de découvrir l’exposition en avant-première le vendredi 5 juin de 10 h à 17 h 30 et le samedi 6 juin de 10 h à midi.