Fragments d’énergie divine

Détail du jeton de pèlerinage.

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Les médailles de pèlerin, ou « fragments d’énergie divine » étaient fabriquées à partir de la terre des lieux saints et ornées d’images sacrées estampées. Elles étaient prisées pour leur pouvoir de conjuration et de guérison lorsque consommées ou appliquées sur la partie du corps malade. Les pèlerins qui traversaient une tempête en mer après la visite d’un lieu saint jetaient parfois leurs médailles à la mer pour apaiser les eaux.

Bien que fabriquées en série et modestes, certaines médailles reproduisaient l’iconographie utilisée par les empereurs romains. Le ROM en possède deux exemples qui sont présentés dans la Galerie Joey et Toby Tanenbaum de Byzance.

La première illustre l’Entrée du Christ à Jérusalem et date de 500-600 de notre ère (fig. 1 et 2). Jésus est représenté à dos d’âne portant un bâton en forme de croix. Un ange auréolé guide l’âne avec une rêne. Une colombe les survole en tenant une couronne dans son bec. Des palmes se dressent derrière Jésus. Une rangée de cercles traversés d’une horizontale (ressemblant à la lettre grecque thêta) orne le bas de la médaille.

Observée le dimanche des Rameaux, l’entrée de Jésus à Jérusalem annonce le début de sa Passion et son triomphe de la mort. À partir du IVe siècle, les représentations de l'Entrée du Christ s’approprient l'iconographie de l’adventus.

L’Adventus était une cérémonie officielle soulignant l’entrée triomphale d’un empereur dans la ville. Le revers d’une pièce d’or montre l’empereur Constantin Ier (r. 306-337 de notre ère), à cheval et tenant un sceptre, précédé d’une Victoire et suivi d’un soldat portant un étendard et une lance. Cette pièce, frappée en 313, célèbre probablement l’entrée de Constantin à Milan à l’occasion de sa rencontre avec Licinius. La rencontre donne lieu à l’édit de Milan qui autorise la pratique de la religion chrétienne dans tout l’Empire.

Sur la médaille, l’empereur fait place à Jésus, la Victoire romaine par un ange chrétien et le soldat romain est supprimé et remplacé par des palmes. Ici, le Christ est accueilli à Jérusalem par ses disciples en tant qu’empereur divin du ciel et de la terre, qui triomphera de la mort et du péché. Même la rangée de cercles imite les marques d’une pièce de monnaie, notamment le SMT en exergue.

La deuxième médaille de pèlerin, qui date de 500-600 avant notre ère, représente une Vierge à l’Enfant en majesté (fig. 3). L’enfant fait un geste de bénédiction de la main droite et tient un rouleau de la main gauche. Des anges saluent le sauveur nouveau-né et des personnes agenouillées vénèrent la mère et son enfant.

Cette composition présente une grande ressemblance avec le revers d’une pièce en or de l’impératrice Fausta, épouse de l’empereur Constantin Ier, émis vers 324 de notre ère (fig. 4). Fausta, auréolée, est assise sur un trône, un enfant sur ses genoux. Deux personnifications, Felicitas, debout à gauche, et Pietas, debout à droite, leur rendent hommage. Deux génies offrent une couronne à l’impératrice et au nouveau-né. La pièce a probablement été frappée pour commémorer la naissance de Constance II, futur empereur (r. 337-350 de notre ère).

Sur la médaille, Marie, la mère de Dieu, et l’Enfant Jésus remplacent Fausta, la mère de l’empereur, et l’enfant Constans. Les deux personnifications païennes et les génies font place à des anges chrétiens et des orants. La médaille annonce la naissance de Dieu, tandis que la pièce en or commémore la naissance du futur empereur.

Les médailles expriment la divinité de Jésus et de Marie, tout en s’inscrivant dans la tradition classique illustrée par les scènes de l’Adventus/Entrée à Jérusalem et de la Naissance de l’Empereur/Naissance de Dieu. Elles s’inspirent probablement d’œuvres d’art bien connues provenant peut-être de la Terre sainte ou de Constantinople.