Une nouvelle découverte nous éclaire sur la vie de famille mystérieuse du fameux tigre à dents de sabre

Comme de nombreux millénariaux, le smilodon adolescent continuait de vivre en famille plus longtemps qu’on ne le pensait

TORONTO, le 17 janvier 2021 – Selon des recherches récentes, les féroces tigres à dents de sabre, ou smilodons (Smilodon fatalis), restaient très proches de leur mère à l’adolescence plutôt de prendre leur farouche indépendance.

Une nouvelle étude, réalisée par les scientifiques du Musée royal de l’Ontario (ROM) et de l’Université de Toronto et publiée le 7 janvier 2021 dans iScience, présente une cellule familiale du redoutable félin, découverte en Équateur. Après avoir examiné les fossiles, recueillis pour le ROM au début des années 1960, les chercheurs sont parvenus à démontrer que, s’il grandissait très rapidement, le gigantesque félidé de l’ère glaciaire demeurait aussi dans l’ombre de sa mère plus longtemps que certains de ses congénères avant de partir vivre sa vie.

« L’étude a commencé par une simple description de fossiles sur lesquels rien n’avait encore été publié », raconte Ashley Reynolds, l’étudiante du Musée royal de l’Ontario qui a piloté l’étude pendant qu’elle faisait son doctorat en écologie et biologie de l’évolution à l’Université de Toronto. « Notre intérêt a redoublé quand nous avons remarqué que les deux mâchoires inférieures que nous étudiions étaient pourvues de dents qu’on ne retrouve que chez environ cinq pour cent des Smilodon fatalis. »

Encouragés par cette découverte, les chercheurs ont décidé de pousser leurs travaux et constaté que les trois individus étaient probablement apparentés, qu’il s’agissait d’un adulte et de ses deux « adolescents ». Qui plus est, ils ont réussi à établir que les plus jeunes spécimens avaient au moins deux ans à leur décès, âge auquel quelques grands félins d’aujourd’hui, tel le tigre, ont déjà revendiqué leur autonomie.

Pour confirmer leur conclusion, l’équipe s’est intéressée à la formation et à la préservation du site équatorien (un champ d’étude appelé « taphonomie ») en se fiant sur les archives historiques et une série d’indices relevés sur les os fossilisés proprement dits. Traditionnellement, les spécimens de Smilodon ont dans une large mesure été découverts dans des « pièges à prédateurs », expression désignant les gisements comme les célèbres « La Brea Tar Pits » de Los Angeles, en Californie. Le gisement équatorien, qui s’est formé sur une ancienne plaine côtière, témoigne toutefois vraisemblablement d’un événement catastrophique ayant mené à une effroyable tragédie. Autrement dit, au lieu d’être « piégés », les animaux sont morts simultanément. Le site propose donc un instantané de l’écosystème de l’époque et les fossiles nous procurent des indices inédits sur le comportement d’espèces aujourd’hui disparues.

« La vie sociale de ce prédateur emblématique est entourée de mystère, en partie parce que leur concentration dans les fosses de goudron laisse énormément de place à l’interprétation », explique Kevin Seymour, conservateur adjoint en paléontologie des vertébrés au ROM qui a signé l’étude lui aussi. « Cet assemblage historique de fossiles de smilodons, en Équateur, s’est formé d’une toute autre façon, ce qui nous a permis d’établir que les deux jeunes vivaient et sont probablement morts ensemble : ils étaient sans doute frères et sœurs. » Les fossiles ont été recueillis à Coralito (Équateur) en 1961 par A. Gordon Edmund, conservateur en paléontologie des vertébrés au ROM de 1954 à 1990, et par Roy R. Lemon, conservateur en paléontologie des invertébrés de 1957 à 1969. À eux deux, ils ont ramené des tonnes de sédiments imprégnés de bitume afin qu’on les restaure au ROM. « Ces collections, connues dans le monde entier, remontent à une soixantaine d’années. On les a abondamment étudiées, mais toute leur importance tient au fait qu’elles continuent de nous éclairer sur la vie de ces animaux désormais éteints », précise David Evans, titulaire de la chaire Temerty en paléontologie des vertébrés au Musée royal de l’Ontario et directeur de thèse de Mme Reynolds.

Référence : Reynolds, A.R., Seymour, K.L. et Evans, D.C. 2021. Smilodon fatalis siblings reveal life history in a saber-toothed cat. iScience. doi : 10.1016/j.isci.2020.101916 .

Illustration : Danielle Dufault © Musée royal de l’Ontario
 

RENSEIGNEMENTS

David McKay, coordonnateur des communications, davidm@rom.on.ca

Ashley Reynolds (auteure principale)
Doctorante, département d’écologie et de biologie de l’évolution, Université de Toronto,

et département d’histoire naturelle, Musée royal de l’Ontario
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