Dessine-moi un pays : Les femmes, l’art et le Canada du XIXe siècle

Exposition sur la place des femmes artistes parmi les colons, dès le 24 août

Belle-de-jour et chèvrefeuille Susanna Moodie  Aquarelle sur papier cartonné, vers 1869 ROM989.302.2 Don de Mme Grace E. Moogk Toronto (Ontario), le 13 août 2013 – Fort de la richesse de sa collection canadienne, le Musée royal de l’Ontario (ROM) présente Dessine-moi un pays : les femmes, l’art et le Canada du XIXe siècle. Cette exposition intime analyse les œuvres de trois femmes qui dépeignent leurs expériences canadiennes : Anna Jameson, une voyageuse, Susanna Moodie, une pionnière, et Alice Killaly, Canadienne de naissance. Si leur art répond systématiquement aux critères de l’heure, leurs histoires révèlent les circonstances individuelles qui les ont amenées à monnayer leurs talents. Complémentaire, l’art de Ruth Abernethy jette un regard contemporain sur la place des femmes parmi les colons. Les 23 œuvres présentées dans Dessine-moi un pays sont exposées du samedi 24 août 2013 au lundi 17 février 2014 dans la Salle Wilson du Patrimoine canadien de la Galerie Sigmund Samuel du Canada, au niveau 1 de l’Aile de la famille Weston du ROM.

La commissaire de l’exposition, Mme Arlene Gehmacher, est conservatrice des peintures, estampes et dessins canadiens au Département des cultures du monde du ROM. Elle déclare : « Le titre anglais de l’exposition s’inspire du livre de Susanna Moodie (Roughing it in the Bush) dans lequel elle brosse un tableau plutôt ingrat de ses premières années dans le Haut-Canada. Bien qu’elles n’aient pas été réalisées au fin fond du bois, les œuvres figurant dans l’exposition témoignent des défis que les femmes doivent relever dans un milieu encore largement inhospitalier. Dans le Canada du XIXe siècle, l’art devient pour les femmes un exutoire. »

Voyage en canot, en aval du lac Huron Anna Jameson  Épreuve d’eau-forte, lavis gris, rehaut de gouache, filet à la plume et encre, sur papier vélin gris, 1837 1838 ROM960.176.10 Don de Sigmund SamuelAnna Jameson (Irlande, 1794-1860)
À l’époque où elle rejoint son mari, alors procureur général du Haut-Canada, à Toronto en décembre 1836, Anna Jameson est déjà une auteure connue en Angleterre. Leur mariage est aussi morne que la saison qui l’accueille. Un an à peine après son arrivée, ils se séparent. Cependant, avant de quitter le Canada, elle s’aventure jusqu’à Sault-Sainte-Marie, geste d’indépendance et de liberté. Son périple de deux mois, pendant lesquels elle tient un journal et collectionne les croquis. aboutira à un récit de voyage intitulé Winter Studies and Summer Rambles in Canada.

Anna Jameson réalise plus de cinquante dessins témoignant de son séjour au Canada. Un certain nombre d’entre eux ont été transposés, par l’artiste, en eaux-fortes (dont les cinq qui sont exposées). La publication ne comptera cependant aucune illustration. Dans ses œuvres, elle est tantôt simple observatrice, tantôt participante; il lui arrive même de faire partie de la composition. Si Voyage hivernal depuis Niagara le long du lac Ontario exprime peut-être son découragement, Voyage en canot, en aval du lac Huron pourrait témoigner du sentiment de liberté que lui procure son « évasion » dans la nature.

Susanna Moodie (Angleterre, 1803-1885)
Issue d’une famille de classe moyenne, Susanna Moodie émigre au Haut-Canada en 1832 en compagnie de son mari, un officier anglais à la retraite. Après huit années de durs labeurs, la nomination de son mari au poste de shérif leur permet de quitter les champs et de retrouver la « civilisation ». Le milieu « urbain » de Belleville permet à Moodie de se consacrer à l’écriture. Son compte rendu des aléas de la vie de pionnier, Roughing it in the Bush (1852), allait devenir un incontournable de la littérature canadienne-anglaise.

Moodie se découvre un talent pour l’aquarelle à un âge avancé, perfectionnant sa technique dans les années 1860. Elle privilégie les études de fleurs, peignant d’après nature et s’inspirant aussi parfois des gravures botaniques. On ne sait ce qui a poussé Moodie à s’adonner à la peinture de fleurs; peut-être voulait-elle effacer de sa mémoire les épreuves des premières années? À l’origine un passe-temps, la peinture devient, ironie du sort, une nécessité économique pour Moodie. Pour subvenir aux besoins du ménage, elle doit vendre ses aquarelles, qui finissent par se vendre 5 $.

Alice Killaly (Canada, 1836-1908)
Née à London, Alice Killaly vit dans plusieurs villes du Haut et du Bas-Canada. La qualité de ses paysages à l’aquarelle suggère une formation artistique, peut-être auprès de Cornelius Krieghoff. Sa première tentative commerciale, en 1868, est également sa dernière. En 1870, elle se marie et ne tarde pas à s’installer en Angleterre.

La descente est plus facile, mais plus périlleuse Pique-nique à Montmorenci [sic], no 3 Alice Killaly. Chromolithographie au pinceau, crayon et plume sur papier vélin, 1868 Imprimeur : Roberts & Reinhold, Chromo-lithographes., Montréal Éditeur : George E. Desbarats, Ottawa ROM960x276.94Pique-nique à Montmorenci [sic] (1868) est un ensemble de six chromolithographies racontant une excursion aux chutes Montmorency, l’un des principaux sites touristiques du Québec. Le titre est à la fois descriptif et ironique. Pique-niquer au pied des chutes en hiver est effectivement une activité populaire à l’époque. Killaly livre également une chronique empreinte d’humour. Deux jeunes gens, le malheureux « Buzbie » et l’imperturbable « Miss Muffin », s’y font la cour. La publicité vante le jeu de chromolithographies comme le « premier du genre » et joue la carte de la « nationalité » (sujet, humour, artiste, imprimeur et éditeur sont tous canadiens). Elle souligne également que l’artiste est une femme. Le créateur d’une œuvre d’art n’intervient pas nécessairement dans le procédé chromolithographique. Étant donné que Killaly vit à Toronto et que l’imprimeur se trouve à Montréal, il est peu probable qu’elle y participe.

Ruth Abernethy (Canada, née en 1960)
De descendance écossaise, la sculptrice Ruth Abernethy est née à Lindsay (Ontario). ). L’idée d’une collection d’objets canadiens lui est venue du désir d’explorer le passé de sa famille, qui vivait de la terre et de la forêt, dans le centre-sud de l’Ontario au XIXe siècle. Amorcée en 2005, sa Collection canadienne est une œuvre en devenir. Elle compte actuellement treize œuvres, dont cinq font partie de la collection permanente du ROM.

Objet canadien #1 2005-2007, Collection canadienne,  Ruth Abernethy  Acier inoxydable, calibre 18, découpé au laser, manche taillé dans de l’épinette et peinture acrylique rouge 2009.31.1 © CARCC, 2013Sa Collection canadienne explore la vie des colons à travers les outils et les métiers artisanaux qui ont façonné le pays. Évocations de la quête de la « civilisation » des pionniers, ces objets traitent plus précisément du rôle des femmes dans le tissu social. Les références aux travaux d’aiguille, comme la dentelle frivolité, typiquement associés aux femmes, transforment des objets qui sont traditionnellement l’apanage des hommes : hachette, marteau et tronçonneuse. Par la féminisation d’outils typiquement « masculins », Abernethy fait ressortir la place des femmes dans l’histoire de la colonisation. En mariant symboles nationaux et travaux « féminins », l’artiste plaide en faveur du rôle de premier plan que jouent les femmes dans le tissu social.

La visite de Dessine-moi un pays est comprise dans le prix du billet d’entrée au ROM. Consultez pour en savoir www.rom.on.ca/fr plus long à son sujet et sur nos autres expositions, galeries et activités.